Stripe ou merchant of record, qui encaisse pour votre SaaS
David Touzet16 août 202612 min de lectureVous vendez un logiciel en ligne, un accès à une API ou un abonnement, et vient le moment de brancher le paiement. La comparaison qui circule oppose Stripe à Lemon Squeezy, comme s’il s’agissait de 2 concurrents. Ce n’est plus vrai depuis juillet 2024, Stripe a racheté Lemon Squeezy. Et depuis février 2026, Stripe vend lui-même les 2 modèles. La vraie question n’a donc jamais été la marque, elle porte sur un point juridique qui change tout, qui devient le vendeur aux yeux du client et du fisc. Voici les 2 réponses possibles, ce qu’elles coûtent réellement une fois la TVA déduite, et le point français que les comparatifs anglophones ignorent.
- La question mal posée, et le rachat que presque personne ne mentionne
- Les 2 modèles, en une phrase chacun
- Le calcul que la plupart des comparatifs ratent
- Le calculateur, à faire tourner sur vos propres chiffres
- La TVA, ce que vous déléguez exactement
- Le point français que les comparatifs anglophones ignorent
- Le B2B, où le nom sur la facture coûte des ventes
- Notre recommandation, et ce qu’il ne faut pas faire
La question mal posée, et le rachat que presque personne ne mentionne
Commençons par remettre les faits à jour, parce que la comparaison qui circule est périmée.
Stripe a racheté Lemon Squeezy en juillet 2024. Ce n’était pas une rumeur, l’annonce a été publiée par les 2 sociétés. Opposer les 2 aujourd’hui revient à demander s’il vaut mieux acheter chez le fabricant ou chez sa filiale.
Et en février 2026, Stripe a annoncé son propre produit de revente officielle, facturé autour de 5 % plus 0,50 unité par transaction. C’est-à-dire exactement le tarif de Lemon Squeezy.
Conclusion pratique. Vous n’avez plus à choisir entre 2 entreprises. Vous avez à choisir entre 2 modèles juridiques, et la même entreprise vous vend les 2.
C’est une bonne nouvelle. Elle veut dire que vous pouvez changer d’avis sans changer de fournisseur, ce qui était le vrai coût caché de cette décision il y a 2 ans.
Les 2 modèles, en une phrase chacun
Toute la suite découle de cette distinction, alors prenons le temps de la poser proprement.
Le prestataire technique. Vous restez le vendeur. Le client achète chez vous, la facture porte votre nom et votre numéro d’identification. L’outil déplace l’argent, rien de plus. La TVA, les déclarations, les litiges, les remboursements et la conformité sont à vous.
Le revendeur officiel. Il devient le vendeur. Le client achète chez lui. Il encaisse, calcule la TVA du pays du client, la reverse aux administrations concernées, absorbe les litiges, puis vous verse votre part. Vous ne vendez plus au public, vous vendez à lui.
👉 La formule qui aide à trancher. Dans le premier cas vous achetez un outil. Dans le second vous achetez une responsabilité en moins.
Le reste de cet article sert à mettre un prix sur cette responsabilité, parce que c’est la seule façon honnête de choisir.
Le calcul que la plupart des comparatifs ratent
Voici l’erreur, et elle fausse la décision dans un sens systématique.
On compare une commission d’environ 1 % à une commission de 5 % et on conclut que le second modèle coûte 3 à 5 fois plus cher. C’est faux, parce qu’on oublie que la TVA sort de votre poche dans les 2 cas.
Prenons un abonnement à 29 euros toutes taxes comprises, vendu à un particulier français, TVA à 20 %.
Sur ces 29 euros, 4,83 ne vous ont jamais appartenu. Ils appartiennent au Trésor public. Votre chiffre d’affaires réel est de 24,17 euros.
Avec le prestataire technique, comptez la commission de base, le supplément pour les paiements récurrents et celui du calcul automatique de TVA. On arrive autour de 0,98 euro de frais. Vous encaissez 29, vous payez 0,98 de frais et 4,83 de TVA. Il vous reste environ 23,19 euros.
Avec le revendeur officiel à 5 % plus 0,50, la commission atteint 1,95 euro. La TVA part chez lui. Il vous reste environ 22,22 euros.
⚠ L’écart réel est donc de moins de 1 euro par mois et par client, soit environ 4 % du net encaissé. Pas de 3 fois plus cher. Sur 100 abonnés, cela représente à peu près 1170 euros par an.
⚠ Deux réserves sur ces chiffres, pour qu’ils vous servent vraiment. La commission de base des cartes européennes est publique et stable, autour de 1,5 % plus 0,25 euro en France. Les 2 suppléments, celui des paiements récurrents et celui du calcul de TVA, sont des modules facturés à part dont les taux évoluent et se négocient au volume. Relevez les vôtres sur votre facture du mois dernier plutôt que de reprendre les nôtres.
La question devient alors beaucoup plus simple à trancher. Est-ce que gérer la TVA de plusieurs pays vous coûte plus ou moins de 1170 euros par an, temps compris ?
Le calculateur, à faire tourner sur vos propres chiffres
Ne nous croyez pas sur parole, vos chiffres ne sont pas les nôtres. Ce petit script fait le calcul complet et gère le détail qui change tout, à savoir si la commission du revendeur s’applique sur le montant TTC ou sur le montant hors taxe.
⚠ Posez cette question avant de signer. Les 2 pratiques existent et l’écart n’est pas négligeable.
# Ce qu'il vous reste vraiment, dans les 2 modeles.
# A lancer avec vos propres tarifs et votre propre TVA.
TTC = 29.00 # prix affiche au client
TVA = 0.20 # taux du pays du client
# Prestataire technique, vous restez le vendeur.
PCT_TECH = 0.015 # commission carte zone euro
FIXE_TECH = 0.25
PCT_ABO = 0.005 # supplement paiements recurrents
PCT_TAXE = 0.005 # supplement calcul de TVA
# Revendeur officiel, il devient le vendeur.
PCT_MOR = 0.05
FIXE_MOR = 0.50
MOR_SUR_TTC = True # False si la commission porte sur le HT
ht = TTC / (1 + TVA)
tva = TTC - ht
frais_t = TTC * (PCT_TECH + PCT_ABO + PCT_TAXE) + FIXE_TECH
net_t = TTC - frais_t - tva
base = TTC if MOR_SUR_TTC else ht
frais_m = base * PCT_MOR + FIXE_MOR
net_m = TTC - frais_m - tva
print(f"Chiffre d'affaires HT {ht:8.2f}")
print(f"Net, prestataire technique{net_t:8.2f}")
print(f"Net, revendeur officiel {net_m:8.2f}")
print(f"Ecart par client et par mois {net_t - net_m:5.2f}")
print(f"Ecart annuel pour 100 clients"
f"{(net_t - net_m) * 12 * 100:9.0f}")
Faites tourner ce script avec le prix de votre offre avant de lire la suite. Le résultat oriente tout le reste, et il surprend souvent dans les 2 sens.
La TVA, ce que vous déléguez exactement
C’est le cœur du sujet, et l’endroit où le revendeur officiel gagne vraiment sa commission.
Si vous restez le vendeur, voici ce qui vous incombe dès que vous vendez hors de France.
- À un particulier de l’Union européenne. Vous appliquez le taux de son pays, pas le vôtre. Un client allemand paie 19 %, un client hongrois 27 %. Vous déclarez et reversez via le guichet unique.
- À une entreprise de l’Union européenne avec un numéro de TVA valide, vous facturez hors taxe et c’est elle qui autoliquide.
- Hors Union européenne, les règles changent pays par pays, et certains États américains ont leurs propres obligations sur les services numériques.
La vérification du numéro de TVA n’est pas une formalité décorative. Si vous facturez hors taxe sur un numéro invalide, c’est vous qui devrez la TVA. Elle se fait gratuitement auprès du service VIES de la Commission européenne, et il faut la faire au moment de la vente, pas une fois pour toutes.
# Verification d'un numero de TVA intracommunautaire.
# Service VIES de la Commission europeenne, gratuit.
# Le pays est separe du numero dans l'adresse appelee.
curl -s "https://ec.europa.eu/taxation_customs/vies/\
rest-api/ms/IE/vat/6388047V" | python3 -m json.tool
La réponse contient un champ de validité et, quand l’État membre le publie, la raison sociale et l’adresse de l’entreprise.
{
"isValid" : true,
"requestDate" : "2026-08-16T21:28:21.059Z",
"userError" : "VALID",
"name" : "GOOGLE IRELAND LIMITED",
"address" : "3RD FLOOR, GORDON HOUSE, BARROW STREET, DUBLIN 4"
}
⚠ Conservez la preuve, pas seulement le résultat. En cas de contrôle, ce qui compte est de pouvoir montrer que la vérification a eu lieu à la date de la facture. Enregistrez la réponse complète avec son horodatage, c’est le champ de date de requête qui vous sert d’alibi.
Le point français que les comparatifs anglophones ignorent
Voici la partie que vous ne trouverez dans aucun comparatif écrit en anglais, et elle arrive vite.
La France impose la facturation électronique entre entreprises selon un calendrier confirmé. Toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir une facture électronique au 1er septembre 2026. L’obligation d’émettre s’applique aux grandes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire à la même date, et aux PME, micro-entreprises et indépendants au 1er septembre 2027. Nous avons détaillé le dispositif dans facturation électronique au 1er septembre 2026.
Maintenant, croisez cela avec le choix de cet article.
Si vous restez le vendeur, vos factures françaises entre entreprises entrent dans le dispositif national, sans ambiguïté. Vous devrez passer par une plateforme agréée.
Si un revendeur officiel devient le vendeur, la facture au client final est émise par une société qui n’est pas française. Elle sort donc du dispositif de facturation électronique française. En revanche, votre propre relation avec ce revendeur devient une vente à un client professionnel étranger, qui relève de la transmission de données de transaction à l’administration.
👉 Ce n’est pas un problème, c’est un déplacement. Le montage reste parfaitement tenable. Il change simplement de case, et cette case a ses propres obligations.
⚠ La phrase à dire à votre expert-comptable, mot pour mot. Je m’apprête à vendre via un revendeur officiel établi hors de France, qui devient le vendeur auprès de mes clients. Confirmez-moi comment cela se traite au regard de la réforme, côté facturation et côté transmission des données.
Posez la question maintenant. Elle coûte 10 minutes en août 2026 et devient beaucoup plus chère à traiter en septembre 2027.
Le B2B, où le nom sur la facture coûte des ventes
Il reste un point qui n’apparaît sur aucune grille tarifaire, et qui décide pourtant souvent.
Quand vous vendez à des entreprises, votre client a une comptabilité. Il reçoit une facture, la transmet à son cabinet, la rapproche d’un bon de commande. Si cette facture porte le nom d’une société américaine ou irlandaise dont il n’a jamais entendu parler, plusieurs choses se produisent.
- Le service comptable pose une question, ce qui retarde le paiement.
- Le service achats se demande avec qui le contrat est signé, ce qui retarde la commande.
- Le service juridique regarde où sont les données et sous quelle loi, ce qui retarde tout.
Aucun de ces frottements n’est bloquant. Tous coûtent des jours, et certaines ventes ne survivent pas à 3 allers-retours.
À l’inverse, en vente aux particuliers et à l’international, ce même nom ne gêne personne. Un indépendant qui achète un outil à 19 euros ne regarde pas qui est le vendeur légal.
C’est la ligne de partage la plus fiable que nous connaissions sur ce sujet, et elle est plus utile que la comparaison des commissions.
Notre recommandation, et ce qu’il ne faut pas faire
Résumons en 3 cas, parce que la réponse dépend vraiment de ce que vous vendez.
Vous lancez un produit vendu partout dans le monde, majoritairement à des particuliers ou à des indépendants. Prenez le revendeur officiel. Vous achetez la conformité TVA de plusieurs dizaines de pays pour environ 4 % de votre net. C’est bon marché comparé au temps que vous y passeriez, et surtout comparé au risque de vous tromper.
Vous vendez à des entreprises françaises, avec des contrats, des prix négociés et du prélèvement bancaire. Restez le vendeur. Vous gardez la relation commerciale, la facture à votre nom, et vous payez 2 fois moins de commission. Le prix à payer est de mettre la conformité en place correctement, une fois.
Vous faites les 2. C’est le cas le plus fréquent, et le piège est là. Faire tourner les 2 systèmes en parallèle veut dire 2 comptabilités, 2 sources de vérité sur le chiffre d’affaires et 2 intégrations à maintenir. Nous l’avons vu coûter plus cher que l’économie visée. Si vous y allez quand même, tranchez par un critère net et automatique, par exemple le type de client, jamais au cas par cas.
Ce qu’il ne faut pas faire. Choisir sur le seul pourcentage affiché. Vous l’avez vu plus haut, le pourcentage affiché ne dit pas ce qu’il vous reste. Et démarrer sans avoir posé la question de la facturation électronique à votre comptable, parce que c’est le seul point de cette liste qui a une date limite.
Si le montage doit être branché à votre outil de gestion, c’est le genre de chantier que nous prenons en développement sur mesure, et le versant comptable est traité dans automatiser sa comptabilité avec Odoo.
Les liens à garder sous la main
4 ressources pour aller plus loin.
Questions fréquentes
Un site sur mesure, piloté par des experts.
À Montpellier, on conçoit, développe et pilote votre présence web. Vous restez concentré sur vos clients, on gère la technique et le contenu.
Faire le point sur votre siteUne équipe IA qui accélère votre visibilité.
SEO, rédaction, réseaux sociaux, publicité et veille. 12 agents IA métier travaillent en continu pour générer du trafic et des leads.
Voir les 12 agents