Pannes invisibles d’un site, celles qui ne font aucune erreur
David TouzetMise à jour le 8 août 202611 min de lectureQuand un site tombe, tout le monde le voit et quelqu’un s’en occupe dans l’heure. Les pannes coûteuses ne sont pas celles-là. Ce sont celles qui ne produisent aucune erreur, qui laissent le site parfaitement beau à l’écran, et qui vous font perdre des mois de visibilité sans qu’aucun voyant ne s’allume. Voici les 6 familles que l’on rencontre vraiment, ce qui les provoque, et les contrôles qui les attrapent.
- Le vrai danger n’est pas la panne, c’est le silence
- Famille 1, la page parfaite à l’écran et vide pour Google
- Famille 2, l’animation qui mange le contenu
- Famille 3, le contrôle qui ne contrôle rien
- Famille 4, la convention que personne ne vérifie
- Famille 5, les outils qui affirment le faux
- Famille 6, le défaut corrigé à moitié
- Les 5 contrôles à mettre en place, par ordre d’efficacité
- Ce que ça change dans le choix d’un prestataire
Le vrai danger n’est pas la panne, c’est le silence
Un site qui tombe se répare vite. Le téléphone sonne, l’erreur est affichée, la cause est nommée.
Les pannes qui coûtent cher sont l’inverse exact. Le site se construit sans une seule erreur, il s’affiche parfaitement à l’écran, les scripts annoncent que tout s’est bien passé. Et pourtant quelque chose ne fonctionne plus.
Ces pannes-là se mesurent en mois, pas en minutes. Elles ne sont pas découvertes, elles sont constatées, en général le jour où quelqu’un se demande pourquoi le trafic ne décolle pas.
Les 6 familles qui suivent ont toutes le même point commun. Rien, absolument rien, ne les signale.
Famille 1, la page parfaite à l’écran et vide pour Google
C’est la plus coûteuse, et la plus fréquente sur les sites modernes.
Un site récent est souvent livré en 2 temps. Une première version est envoyée par le serveur, puis le navigateur exécute du code qui construit le reste. Un humain ne voit pas la différence, l’ensemble prend une fraction de seconde.
Un robot, lui, lit surtout la première version. Si votre contenu n’y est pas, il n’existe pas pour lui.
Il suffit d’une ligne mal placée dans un composant partagé pour faire basculer un site entier dans ce mode. Une page d’accueil peut alors livrer 0 titre, 0 lien et un seul bloc, tout en restant impeccable à l’écran.
Le test tient en 10 secondes. Clic droit sur votre page, puis Afficher le code source de la page. Cherchez votre titre principal. S’il n’y est pas, vous avez le problème.
Attention au faux ami. La fonction Inspecter, elle, montre le résultat après exécution du code. Elle vous montrera toujours votre titre, et elle vous rassurera à tort.
Famille 2, l’animation qui mange le contenu
Les effets d’apparition au défilement sont devenus la norme. Un bloc arrive en fondu quand on descend, c’est joli et personne ne s’en méfie.
Sauf que ces effets enveloppent le contenu. Et ce qui est enveloppé peut, dans certains cas, ne jamais arriver dans la version livrée aux robots.
Le symptôme est déroutant parce qu’il est partiel et irrégulier. Un titre disparaît sur une page mais pas sur sa voisine. Une image sur 46 manque à l’appel alors que son texte est bien là. Un bouton s’évapore sur 7 pages d’un coup.
La règle est simple et elle ne coûte rien. Une animation est un confort, le contenu n’en est pas un. Titres, textes d’introduction, boutons, liens et fils d’Ariane ne doivent jamais dépendre d’un effet visuel pour exister.
Si vous devez arbitrer entre une apparition élégante et un titre lisible par Google, la question ne se pose pas.
Famille 3, le contrôle qui ne contrôle rien
Celle-ci mérite qu’on s’y arrête, parce qu’elle est pire que l’absence de contrôle.
Un contrôle automatique surveille une opération sensible et confirme que tout va bien. Sauf qu’il cherche la mauvaise chose. Un mot écrit légèrement différemment de ce qu’il attendait, une étoile devant, une majuscule, et il ne trouve jamais rien.
Il ne dira jamais qu’il y a un problème. Pas parce qu’il n’y en a pas, mais parce qu’il est incapable d’en voir un.
On rencontre exactement la même chose côté vérification humaine. Contrôler qu’une page de connexion répond correctement ne prouve rien sur les pages qui affichent des tableaux, puisque la page de connexion n’en contient aucun.
Le remède tient en une phrase. Cassez volontairement ce que le contrôle surveille, et regardez s’il sonne. Un contrôle qu’on n’a jamais vu se déclencher n’est pas une protection, c’est une décoration.
C’est le seul moyen de savoir si votre filet existe vraiment.
Famille 4, la convention que personne ne vérifie
Une règle est posée, tout le monde l’approuve, et rien ne la fait respecter. Elle vit dans une tête, pas dans un contrôle.
Les cas se ressemblent tous.
- Un format d’image de partage fixé une fois, puis des images fournies ensuite au mauvais format. Résultat, l’aperçu du lien ne s’affiche pas sur les réseaux, ou il est recadré n’importe comment.
- Une date de dernière modification envoyée à Google qui est celle du fichier et non celle du contenu. Comme le fichier est réécrit à chaque publication, le site annonce que tout a changé alors que rien n’a bougé.
- Des images déposées avec des droits fermés, que le serveur n’a pas l’autorisation de lire. Elles répondent introuvable alors qu’elles sont bien là.
La date mérite un mot de plus, parce que l’erreur est contre-intuitive. Google n’utilise cette information que si elle est vérifiablement exacte. Sur un historique de dates fausses, il ignore purement et simplement l’information. On ne gagne rien et on perd un signal.
Aucun de ces 3 cas ne produit d’erreur. Le site se construit, se publie et s’affiche.
Famille 5, les outils qui affirment le faux
Une panne se voit. Un outil qui se trompe se croit, et c’est bien plus grave.
Le schéma se répète. Un outil analyse quelque chose, rend un résultat crédible, et personne ne vérifie qu’il a regardé la bonne chose.
- Un analyseur qui note une page de blocage anti robot en croyant noter une fiche produit, et rend une note catastrophique parfaitement fausse.
- Un test automatique qui passe sans jamais avoir chargé ce qu’il devait tester.
- Un détecteur de traceurs qui cherche un mot dans le code source, alors que la plupart des outils de mesure sont chargés par un autre outil et n’apparaissent jamais dans ce code.
La conséquence dépasse la technique. Ces résultats finissent dans des recommandations, des devis, des rapports envoyés à des clients. Une mesure fausse ne fait pas perdre une page, elle fait perdre une crédibilité.
La parade est une habitude, pas un outil. On ne demande jamais à un outil s’il a bien travaillé, on regarde ce qu’il a produit. Si un analyseur dit avoir lu votre fiche produit, faites-lui afficher le prix qu’il a trouvé. S’il ne peut pas, il n’a rien lu.
C’est aussi la raison pour laquelle nous branchons systématiquement la Search Console en lecture automatique. Une source de vérité extérieure vaut mieux que 3 outils qui se confirment entre eux.
Famille 6, le défaut corrigé à moitié
Un défaut apparaît sur une page, on le corrige, on passe à autre chose. Il revient 3 semaines plus tard par la page voisine.
Presque toutes les pannes de cet article arrivent par famille. Un composant partagé sert 40 pages. Un gabarit sert 8 fiches. Un même affichage existe souvent en 2 versions, et corriger l’une laisse l’autre continuer tranquillement à mentir.
La bonne question après une correction n’est pas est-ce que c’est réglé. C’est combien de pages utilisent la même chose, et sont-elles toutes réparées.
C’est un réflexe de 2 minutes qui évite de repayer 3 fois le même problème. Et c’est l’un des points sur lesquels une contre-expertise fait la différence entre un prestataire qui éteint des incendies et un prestataire qui les empêche.
Les 5 contrôles à mettre en place, par ordre d’efficacité
Aucun de ces contrôles ne demande de compétence particulière, et les 2 premiers sont gratuits.
1. Comptez vos pages réellement vues. Dans la Search Console, regardez combien de vos pages ont été affichées au moins une fois dans les résultats. L’écart avec le nombre total de pages de votre site est la mesure la plus honnête de votre visibilité réelle. Un site de 380 pages dont 25 seulement apparaissent n’a pas un problème de contenu, il a un problème de découverte.
2. Lisez le code source de vos 5 pages clés. Cherchez-y votre titre principal. Ce geste seul attrape la panne la plus coûteuse de cette liste.
3. Vérifiez le poids et les dimensions de vos images de partage. Une image annoncée dans un format qu’elle n’a pas casse l’aperçu de tous vos liens partagés.
4. Faites sonner vos alarmes une fois. Cassez volontairement ce qu’elles surveillent. Celles qui restent muettes sont à réécrire.
5. Regardez le résultat publié, jamais le fait d’avoir agi. Ce n’est pas la même chose de dire que la mise en ligne est lancée et de dire que la page est ouverte et que le texte y est.
Ce que ça change dans le choix d’un prestataire
Un site n’est pas livré une fois pour toutes. Il vit, il est modifié, et chaque modification peut casser silencieusement autre chose.
La question à poser à qui s’occupe de votre site n’est donc pas s’il sait construire. C’est ce qu’il vérifie après avoir construit, et comment il s’en assure.
Un prestataire qui vous dit que c’est en ligne a fait la moitié du travail. Celui qui vous dit qu’il a ouvert la page, compté les liens et vérifié que l’image répond a fait l’autre moitié, celle qui vous évite de découvrir dans 3 mois que rien ne remontait.
La différence ne se voit pas le jour de la livraison. Elle se voit un an plus tard, dans les chiffres.
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