Reconnaître une agence SEO qui vend du black hat
David Touzet6 août 202610 min de lectureIl existe des forums où l’on s’échange des méthodes de black hat SEO, c’est-à-dire des techniques pour manipuler Google plutôt que de mériter sa place. On y explique comment occuper 5 résultats sur la première page en se faisant passer pour 5 personnes différentes, comment racheter des domaines abandonnés pour fabriquer de la popularité, et pourquoi viser les langues étrangères où le moteur surveille moins. Ces méthodes se revendent ensuite aux entreprises, dans des devis qui ne les nomment jamais ainsi. Voici comment les reconnaître avant de signer.
- La technique du faux consensus, occuper 5 résultats à soi seul
- Les domaines expirés, acheter un passé qu’on n’a pas
- Les langues étrangères, opérer là où le moteur surveille moins
- L’échange de liens automatisé, le piège vendu comme gratuit
- La page fantôme publiée chez quelqu’un d’autre
- Vérifier un site avant d’acheter, en 3 minutes
- Black hat SEO, qui paie quand la sanction tombe
- Les 4 signes de black hat à repérer dans un devis
- Ce qui marche encore, et qui ne se cache pas
La technique du faux consensus, occuper 5 résultats à soi seul
Commençons par la plus retorse, parce qu’elle ne ressemble pas à de la triche. Elle ressemble à du bon sens.
Le raisonnement de départ est juste. Personne ne clique plus sur un seul résultat. On ouvre le premier, le deuxième, un fil de discussion, on compare, puis on décide. C’est ce que vous faites, c’est ce que je fais.
La méthode consiste alors à occuper 4 à 6 de ces résultats en même temps, sur des plateformes différentes, avec des tons différents et des identités différentes. Un avis qui semble spontané ici, un guide technique là, un témoignage ailleurs. Le visiteur croit recouper 5 sources indépendantes. Il en lit une seule, déguisée 5 fois.
C’est du théâtre. Un seul acteur, 5 costumes, et le public qui applaudit ce qu’il prend pour une troupe.
Google a nommé cette pratique en mars 2024, l’abus de réputation de site. Elle figure dans les règles anti-spam officielles. La définition tient en une ligne, publier du contenu sur un domaine fort qui n’est pas le vôtre, principalement pour exploiter ses signaux de classement.
Et voilà la nuance qui compte, parce qu’elle sépare la triche du travail. Publier un vrai article de fond sur une plateforme reconnue reste parfaitement légitime. Ce qui bascule, c’est de fabriquer plusieurs identités pour simuler un consensus qui n’existe pas.
Les domaines expirés, acheter un passé qu’on n’a pas
La deuxième technique est plus ancienne, et elle se vend toujours très bien.
Le principe. On rachète des noms de domaine abandonnés, souvent pour 30 à 150 euros pièce, choisis parce qu’ils ont encore des liens et une histoire aux yeux de Google. On les remplit d’un contenu de façade pour qu’ils aient l’air vivants. Puis on les fait pointer vers le site qu’on veut faire monter.
On appelle ça un réseau de sites privés. Un petit internet à soi, où l’on écrit soi-même les recommandations qu’on est censé recevoir des autres.
Google désigne cette pratique sous 2 règles distinctes. Les schémas de liens, qui visent explicitement les réseaux de blogs privés. Et l’abus de domaine expiré, ajouté en mars 2024, défini comme le rachat d’un domaine principalement pour manipuler le classement en y hébergeant du contenu sans valeur.
Ceux qui la pratiquent sont d’ailleurs lucides sur ses limites. Dans les discussions entre initiés, la méthode est recommandée sur les secteurs peu surveillés, sur des requêtes de longue traîne, et explicitement déconseillée pour une vraie marque qu’on compte garder. Ce sont leurs mots.
Ça devrait suffire à vous répondre. Une méthode que ses propres praticiens déconseillent pour une marque durable n’a rien à faire dans votre stratégie.
Les langues étrangères, opérer là où le moteur surveille moins
La troisième est la plus récente, et c’est la plus honnête dans son cynisme.
Le raisonnement est assumé mot pour mot par ceux qui la vendent. Google ne surveille pas partout avec la même rigueur. En anglais, la détection est mature et la concurrence féroce. Sur des marchés linguistiques plus petits, il y a moins de concurrents, moins de spécialistes, et moins de contrôle.
La méthode consiste donc à produire du contenu en masse, à le traduire automatiquement, à le retoucher juste assez, et à le publier sur des marchés moins défendus. Une phrase résume la démarche, je n’ai pas besoin de battre Google là où il est fort, je dois opérer là où il est faible.
Google a nommé cette pratique aussi, l’abus de contenu à grande échelle, dans la même série de règles.
2 choses à retenir si on vous propose ça. L’écart se réduit à chaque mise à jour du moteur, et il n’a jamais fait que se réduire. Et une position obtenue parce que le gendarme regardait ailleurs n’a aucune raison de tenir le jour où il regarde.
L’échange de liens automatisé, le piège vendu comme gratuit
Celui-là est nouveau, il est très bien emballé, et il va vous être proposé. Autant savoir ce que vous achetez.
Le principe. Vous vous inscrivez dans une réserve commune. Des milliers de sites y sont, tous secteurs et toutes langues confondus. Un logiciel apparie les uns aux autres. Vous recevez des liens, vous en donnez. On vous promet 3 liens gratuits par jour, en pilote automatique.
Ça sonne bien. C’est aussi la définition littérale de ce que Google appelle un schéma de liens.
Les règles anti-spam de Google nomment les échanges de liens excessifs, résumés par la formule « tu me fais un lien, je te fais un lien ». Ce n’est pas le lien réciproque en lui-même qui pose problème, il en existe naturellement entre 2 sites d’un même secteur qui se citent. Ce que vise le texte, c’est la réciprocité coordonnée et faite en volume pour manipuler le classement.
Et une réserve automatisée coche toutes les cases. Elle produit des placements qui apparaissent dans les 2 sens en même temps, elle fabrique des grappes de sites qui pointent tous les uns vers les autres, et elle le fait à la chaîne. C’est exactement ce que l’algorithme sait repérer.
Le repère à retenir si vous acceptez malgré tout un échange ponctuel. Restez sous 20 % de liens réciproques dans votre profil. Au-delà, la proportion elle-même devient le signal.
La conséquence la plus fréquente n’est d’ailleurs pas la sanction spectaculaire. C’est que les liens cessent simplement de compter. Vous avez donné des liens depuis votre site, vous n’avez rien reçu en retour, et personne ne vous a prévenu.
La page fantôme publiée chez quelqu’un d’autre
Une variante circule en vidéo, présentée comme une astuce géniale. Elle mérite 2 minutes, parce qu’elle a l’air inoffensive.
La recette. Vous allez sur un service en ligne qui permet de publier une page, un outil d’IA, un générateur de site, une plateforme d’édition. Vous y publiez une page sur votre métier, vous y placez un lien vers votre site, vous rendez la page publique. Le domaine du service étant reconnu, vous héritez de sa réputation.
C’est vendu comme un lien gratuit venant d’un domaine puissant. C’est en réalité l’abus de réputation de site, nommé par Google en mars 2024 et défini en une ligne : publier du contenu sur un domaine fort qui n’est pas le vôtre, principalement pour exploiter ses signaux de classement.
Vous voyez la différence avec un vrai article invité ? Elle tient en une question. Qui a décidé de publier ça ? Un article invité, c’est un éditeur qui accepte votre texte parce qu’il sert son audience. Une page fantôme, c’est vous qui publiez chez vous en utilisant l’adresse de quelqu’un d’autre.
À ne pas confondre avec les liens de profil, qui eux sont parfaitement légitimes. Renseigner l’adresse de votre site sur votre page LinkedIn, votre fiche Trustpilot, votre profil Pinterest ou votre compte X, c’est normal et c’est même recommandé. Ce sont des liens faibles, ils ne feront jamais décoller un référencement, mais ils disent au web que votre entreprise existe vraiment. Rien à voir avec la fabrication d’une page de façade.
Vérifier un site avant d’acheter, en 3 minutes
Bon, celle-là est pour vous, et elle vaut de l’argent. Parce que la plus grosse arnaque des plateformes de liens n’est pas le black hat, c’est le faux trafic.
Un site vendu 80 euros affiche 4000 visiteurs par mois. Vous payez. Sauf que ces 4000 visiteurs n’existent pas.
Comment c’est fabriqué. Les outils du marché estiment le trafic en croisant les positions d’un site avec le volume de recherche des mots-clés. Il suffit donc de se positionner sur des mots-clés à énorme volume, même en 25e page où personne ne clique jamais, pour que l’outil calcule un trafic imaginaire. Un site classé 25e sur une requête gigantesque se voit créditer de milliers de visites qu’il ne reçoit pas.
L’autre méthode est plus grossière. On fabrique des positions sur des chaînes de caractères que personne ne tape, mais que l’outil compte quand même.
Le contrôle tient en 3 minutes et ne demande aucun outil payant.
- Regardez les mots-clés sur lesquels le site est positionné. S’ils ressemblent à du charabia ou à des expressions que personne ne prononce, le trafic est faux.
- Regardez à quelle position il est sur ses gros mots-clés. En 20e ou 30e position, le trafic annoncé est du vent.
- Regardez qui lui fait des liens. Un site sain a quelques vrais liens venant de sites identifiables. Un site à liens ne reçoit que des liens de sites à liens.
Une question suffit à faire tomber le masque, et vous pouvez la poser sans rien connaître. Montrez-moi les 10 mots-clés qui apportent le plus de visites à ce site. Un prestataire honnête vous les envoie en 5 minutes.
Black hat SEO, qui paie quand la sanction tombe
C’est le point que les devis ne mentionnent jamais, alors on va le dire clairement.
La sanction ne frappe pas celui qui a vendu la méthode. Elle frappe le site de destination. C’est-à-dire le vôtre.
3 niveaux existent, du plus discret au plus brutal.
- La dévaluation algorithmique. Les liens cessent simplement de compter. Vos positions s’effritent sans notification, sans explication, sans date. C’est le cas le plus fréquent et le plus difficile à diagnostiquer, parce que rien ne vous prévient.
- L’action manuelle. Un humain chez Google a examiné votre site. Vous recevez une notification dans la Search Console. Il faut nettoyer, documenter, puis demander un réexamen. Comptez des mois.
- La désindexation. Le site disparaît des résultats. C’est rare, c’est réservé aux cas lourds, et c’est terminal pour une activité qui dépend de la recherche.
Ajoutez la dimension qu’on oublie toujours. Pendant que ces liens fabriquaient une popularité de façade, personne ne travaillait vos vraies pages. Le coût n’est pas seulement la sanction, c’est aussi l’année perdue.
Les 4 signes de black hat à repérer dans un devis
Bon, passons au concret. Vous avez une proposition sur le bureau, vous n’êtes pas du métier, et le document parle de netlinking et d’autorité de domaine. Voici ce qui doit vous faire lever la tête.
- Une garantie de position chiffrée. « Première page garantie sous 3 mois. » Aucun prestataire sérieux ne peut garantir ça, parce que personne ne contrôle Google. Une garantie de position est soit un mensonge commercial, soit l’aveu d’une méthode qui court-circuite le moteur.
- Un volume de liens sans noms. « 50 liens de qualité par mois. » Demandez la liste des sites. Un prestataire qui publie sur de vrais médias les nomme avec fierté. Celui qui refuse a de bonnes raisons.
- Un prix au lien très bas. Un lien dans un vrai média se négocie en dizaines ou centaines d’euros. À quelques euros pièce, vous n’achetez pas un lien, vous achetez une ligne dans un réseau.
- Des délais très courts. Le référencement produit ses effets en mois. Un résultat promis en semaines suppose un raccourci, et les seuls raccourcis qui existent sont ceux de cet article.
Une question suffit souvent à trancher, et vous pouvez la poser sans rien connaître au sujet. Sur quels sites précis vont apparaître mes liens, et puis-je les voir avant publication ?
Une réponse claire, c’est un partenaire. Une réponse floue sur la confidentialité de la méthode, c’est un problème qui vous attend.
Ce qui marche encore, et qui ne se cache pas
On termine par la bonne nouvelle, parce qu’il y en a une.
Ces méthodes existent parce qu’elles répondent à une frustration réelle. Le référencement honnête est lent, et c’est agaçant. Mais ce qui a changé, c’est que la triche est devenue plus coûteuse que le travail.
Ce qui pèse aujourd’hui, et qui n’a besoin d’aucune identité d’emprunt.
- Des mentions dans de vrais médias et chez de vrais partenaires, sous votre nom, revendiquées.
- Des pages qui répondent réellement à une question, mieux que ce qui existe déjà.
- Une fiche établissement et des citations locales cohérentes, si vous avez une zone de chalandise.
- Des faits vérifiables et datés, qui sont désormais ce que les IA reprennent pour vous citer.
- Vos propres photos, déposées sur les banques d’images libres, avec votre site en crédit. Chaque reprise par un blog ou un journaliste produit un lien réel, sans un seul courriel à envoyer. C’est lent, c’est gratuit, et ça se cumule tout seul. Photos de chantier, de produit, de lieu, schémas, graphiques.
Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Une mention sans lien dans un vrai média pèse aujourd’hui davantage sur votre recommandation par une IA qu’une pile de pages reliées entre elles. Le terrain a bougé, et il a bougé du côté de ceux qui travaillent à visage découvert.
Nous avons mesuré une méthode de ce type page par page dans notre enquête sur le Google Stacking, et tracé la frontière entre optimisation et spam dans celle sur les pages par ville.
Les règles officielles et nos analyses
Les 3 techniques décrites ici correspondent chacune à une règle nommée par Google.
Questions fréquentes
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